Category: Performance

  • Pipilotti Rist

    Pipilotti Rist

    Pipilotti Rist est née en 1962 à Grabs en Suisse allemande. Elle vit à Zurich et à Los Angeles. Productrice, réalisatrice et souvent protagoniste de ses vidéos, elle s’intéresse à la télévision en tant que joyau de la culture pop, et non pas pour en tirer une critique des médias. Elle se situe radicalement après Nam June Paik et Andy Warhol mais toujours dans leur sillage. Pipilotti Rist s’attache également à développer des problématiques actuelles comme celles de la différence des sexes, du corps érogène, de l’identité féminine.

    Elle compose elle-même les bandes son en réinterprétant souvent des airs connus. Elle conçoit ses oeuvres comme des clips, acidulés, parfois agressifs, avec autant d’efficacité que le font les créateurs commerciaux, à la différence qu’elle y introduit des éléments de dérapage comme les rayures, les couleurs vives et baveuses, les flous et les tremblés dans l’image, la saturation et les dissonances sonores. Usant avec brio des potentialités techniques de son medium, elle le manipule, via des procédés informatiques, jusqu’à en tirer des effets donnant un statut ambigu à l’image, oscillant entre la télé, la vidéo et le cinéma. De ce brouillage résulte cette très forte prégnance de l’image, jusqu’à en devenir résolument plastique.

    Découvrez le site de Pipilotti Rist

  • Peter Fischli et David Weiss

    Peter Fischli et David Weiss

    https://www.youtube.com/watch?v=RProlO-KvKw

    Le 27 avril dernier, la mort de David Weiss (né en 1946, à Zurich) est discrètement annoncée par les médias. Une série de modestes hommages est rendue sur la toile, les réseaux sociaux, comme dans la vie. Sculpteur et dessinateur, il mène une première partie de sa carrière en solo, jusqu’à sa rencontre avec Peter Fischli (né en 1952, à Zurich) avec qui il a travaillé pendant trente trois années. Une intense collaboration qui a donné vie à une œuvre décalée, poétique, caustique, critique et ironique. Ensemble, ils sont parvenus à survoler les pratiques contemporaines tel un ovni loufoque et complexe dont l’œuvre interroge non seulement les institutions culturelles et médiatiques, la critique, le marché, mais aussi l’art en lui-même : sa construction, ses classifications et ses normes. Ils n’ont eu de cesse de placer leur travail dans une marge, un espace de liberté et d’intransigeance critique. Leu matériau de prédilection était le quotidien, la banalité, le familier, le trivial. Un matériau ingrat qu’ils sont sus transcender et métamorphoser pour questionner et bousculer notre rapport aux images, à la société de consommation et aux objets. Au fil du temps ils se sont forgé une importante réputation internationale en exposant au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, àla Tate Modern à Londres ainsi qu’au Musée Guggenheim et au Museum of Modern Art à New York. En 2003, ils décrochent le Lion d’Or àla Biennalede Venise et en 2006, ils obtiennent le prix Hartmann pour l’ensemble de leur œuvre.

    C’est en 1987 que le duo se fait connaître du grand public avec l’œuvre vidéo Der Lauf Der Dinge (Le Cours des Choses) où au moyen d’astuces surprenantes, de procédés chimiques, physiques et techniques, des objets tombent, filent et coulent les uns sur les autres entraînant une succession hallucinante de probables catastrophes. Dans une ancienne usine et sur une quarantaine de mètres, des objets explosent, s’enflamment, roulent, sont projetées les uns vers les autres. Au moyen de pétards, essences et autres produits inflammables, des rouges, des balles, des jouets, des bidons et autres actefacts issus du quotidien (domestique comme industriel) sont les vecteurs d’une interminable chaine de cause à effets. Chaque acte, chaque parole, chaque décision a des répercussions sur la vie de l’autre, tout est lié, interconnecté. Tel est le message invoqué par le duo suisse. Rien n’est isolé, nous portons tous une responsabilité par rapport à l’Autre, directement ou indirectement. Avec des moyens techniques dérisoires, bricolés, recyclés, ils parviennent à capter notre attention et à métamorphoser ces objets invisibles afin qu’ils deviennent les moteurs et les transporteurs de messages polysémiques. Le film est aujourd’hui compris comme une œuvre emblématique et programmatique des deux artistes.

    La vidéo, la photographie, l’installation, la sculpture, la performance, l’édition d’art font partie de leur palette technique dont ils ont su repousser les limites et les frontières. Des photographies présentant une ville fabriquée à partir de charcuterie, de cornichons et de croquettes pour chien (Wursterie – 1979), des fleurs sous plastique (Herbst, Fall – 1997) ou encore toutes sortes de paysages communs, ennuyeux et inintéressants rassemblés sur des tables lumineuses (Visible World – 1987-2001). Des sculptures mettant en scène une souche d’arbre peinte en noire (Root – 1986-1988), des objets reconstitués à partir d’argile brute (Mausi Hat Hoch – 191 ou Shoe – 2009), une composition culinaire et aérienne élaborées à partir d’une bouteille de vin, une louche une assiette ébréchée et un filet d’ail (Natural Grâce – 1985) ou encore une synthèse de ce qui peut être envisagé comme la vie d’un artiste dans son atelier : une boîte vulgairement fabriquée à partir de planchettes aux dimensions différentes, peinte en blanc, sale et remplie d’objets liés à l’atelier (In The Studio – 2008). Chaque bribe de leur environnement devient un outil ou un matériau qu’ils adaptent à leur esthétique du bricolage qui fait aussi référence au monde de l’enfance, à l’instinct de construction avec ce qui est disponible et ce qui permet des associations immédiates.

    Le côté artisanal participe à l’effet souvent comique et décalé de leurs pièces. Une connexion avec le monde de l’enfance que nous retrouvons dans leur projet Rat and Bear où les deux artistes, travaillent à partir de deux costumes, l’un de rat, l’autre d’ours. Des costumes comme des alter-ego, mis en scène lors des différentes expositions : étalés au sol, suspendus dans les airs, enfouis sous des couvertures. Des costumes qu’ils portent eux-mêmes dans des films comme The Right Way où ils instillent une réflexion sur la nature, l’environnement et l’impact de nos actes sur lui ; ou bien le film intitulé The Point of Leat Resistance (1981) où les deux compères découvrent un cadavre dans une galerie à Los Angeles et décident de mener l’enquête pour en déterminer les circonstances et l’auteur. Un cadavre dont ils vont se servir pour entrer dans le monde « branché » de l’art aux Etats-Unis. Les scénettes à la fois burlesques et troublantes sont des prétextes pour aborder une multitude de sujets en lien avec le chaos généré par notre société de consommation où l’humain, sa conscience et son imagination, sont broyés, contraints et formatés. Des conséquences que les deux artistes n’envisageaient pas comme une fatalité puisqu’ils n’ont cessé de les combattre et de les détourner. Au moyen d’une esthétique farfelue, ironique et poétique, ils sont parvenus à nous offrir une lecture alternative du chaos dans lequel nous vivons. «Un commentaire sur le monde des apparences. Du Platon terre à terre. Nous aimons aborder les grands thèmes philosophiques à travers une posture idiote et puérile» [Citation des artistes. Libération, avril 2012]. Une lecture de tous les possibles qui a marqué l’histoire de l’art contemporain de manière durable.

    Julie Cren

    Site des artistes

  • Claire Fontaine

    Claire Fontaine

    Claire Fontaine est une artiste collective qui a été fondé en 2004 et vit à Paris. Après avoir tiré son nom d’une marque populaire de cahiers pour écoliers, Claire Fontaine s’est auto-déclarée une « artiste ready-made » et a commencé à élaborer une version d’art néo-conceptuel qui souvent ressemble au travail d’autres gens. Elle utilise le néon, la vidéo, la sculpture, la peinture et l’écriture, sa pratique peut être décrite comme un questionnement ouvert de l’impuissance politique et de la crise de la singularité qui semblent caractériser l’art contemporain aujourd’hui.

    Vidéo de la performance

    Mais si l’artiste elle-même est l’équivalent subjectif d’un urinoir ou d’une boîte Brillo – aussi déplacée, privée de sa valeur d’usage et interchangeable que les produits qu’elle crée – il reste toujours la possibilité de ce qu’elle appelle la « grève humaine ». Claire Fontaine se sert de sa fraîcheur et de sa jeunesse pour se transformer en singularité quelconque et en terroriste existentielle en quête d’émancipation. Elle pousse au milieu des ruines de la fonction auteur, en expérimentant avec des protocoles de production collectifs, des détournements, et la mise en place de divers dispositifs pour le partage de la propriété intellectuelle et de la propriété privée.

    Parmi ses dernières expositions, Arbeit Macht Kapital, Kubus, Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau, München, They Hate Us For Our Freedom, Contemporary Art Museum St. Louis, Lucky In The Misfortune, Masion Descartes, Institut Français des Pays-Bas, Amsterdam, Feux de Détresse, Galerie Chantal Crousel, Paris et Claire Fontaine, The Exhibition Formerly Known as Passengers, 2.10, CCA Wattis Institute for Contemporary Arts, San Franscisco. Claire Fontaine est représentée par Reena Spaulings Fine Art à New York, T293, Napoli, Galerie Neu, Berlin et Galerie Chantal Crousel / Air de Paris, Paris.

    Elle est à présent en train de préparer un livre, autour des concepts d’artiste ready-made et de grève humaine.

    Site des artistes

  • Julien Prévieux

    Julien Prévieux

    Le travail de Julien Prévieux trouve sa matière première dans ce qu’on pourrait appeler les formes comportementales réglées du quotidien. Ses interventions dans le champ des pratiques sociales – du monde de l’entreprise à l’espace urbain en passant par les technologies de l’information, les sciences cognitives ou les industries culturelles – portent sur des attitudes et des gestes normalisés, mais aussi sur des instruments d’analyse des phénomènes humains (les statistiques) ou encore sur des modes d’organisation du savoir (la bibliothèque).

    Traversant une multiplicité de médias et de pratiques (dessin, peinture, vidéo, performance, écriture…), l’artiste emprunte volontiers les voies du contre-emploi – Les Lettres de non-motivation envoyées en réponse à des offres d’emploi, illustrent bien le caractère à la fois facétieux et systématique de cette démarche qui s’apparente à première vue à une version ludique de la critique sociale.

    Site de l’artiste

    Sa Galerie

    Rencontre avec l’artiste dans son atelier – 2014

  • Bruce Nauman

    Bruce Nauman

    Artiste aux pratiques variées, il arrête de peindre en 1965 et commence la fabrication de sculptures, d’objets et de montages vidéo dans son atelier à San Francisco. Plus de soixante de ses travaux sur le thème du corps et ses déplacements seront publiés entre 1966 et 2005. Accordant autant d’importance au procédé utilisé qu’au message transmis, Bruce Nauman se questionne la finalité de ses créations. Il déclare présenter et non produire des objets. Une plus grande importance est ainsi accordée au processus créatif minimisant l’importance esthétique de l’objet final. Vision artistique que l’on retrouve chez d’autres artistes tels que Vito Acconci et Eva Hesse. L’objet devient expression d’une volonté artistique.

    Il commencera à travailler sur des supports organiques comme des moules en cire ou en fibre de verre afin de “fossiliser” certaines parties de son corps. Il réalise plusieurs modèles qui lui permettent de mettre en place un jeu de transparence et d’opacité entre les différentes sculptures. Dès ses premières réalisations Bruce Nauman s’intéresse à l’aspect brut et non fini de la matière. Créations qu’il exposera pour la première fois au coté de trois autres artistes en 1966. Dès 1967, il inaugure une réflexion plastique et théorique à propos de son propre corps qu’il découpe en morceaux, tête en bas ou coupée, membres disloqués.

    Plaçant l’anthropomorphisme au centre de sa réflexion artistique, Bruce Nauman est l’auteur d’un grand nombre de performances vidéo. Vidéos dans lesquelles l’artiste se met en scène, s’interrogeant sur son propre corps et son mouvement. Cette recherche artistique se traduit par la publication d’une série de vidéos, de 1967 à 1969, dans lesquelles, il transforme son corps en matière manipulable, sujet à une gestuelle répétitive. Pour la réalisation de ses vidéos, telle que Walking in an Exaggerated Manner Around the Perimeter, dans laquelle il déambule dans son atelier en accentuant ses mouvements, Bruce Nauman s’inspire du travail de Meredith Monk, musicienne, chorégraphe et auteur d’happening d’avant garde depuis 1962.

    https://www.youtube.com/watch?v=oDhuZ2Ya2wM

    Intéressé par le corps humain, Bruce Nauman invite les spectateurs à participer à ses performances. Le corridor de 1969, exposé au Guggenheim de New York, invite le « regardeur » à devenir acteur. Celui-ci est amené à parcourir l’espace proposé par l’artiste, un couloir exigu (50.8×24.8×60.9) dans lequel son corps sera contraint à l’immobilité. Observé depuis une installation vidéo connecté à un écran, le performeur est spectateur de son propre corps. Confronté à l’étroitesse de l’installation, la sensation d’angoisse au sens étymologique du terme latin « angustu » (lieu étroit) est mis en scène. Créant un état de mal être, Bruce Nauman expose sa volonté de provoquer le spectateur afin de dénoncer la condition humaine de son temps.

    Plus tard, au travers de ses montages vidéo se manifeste le concept du corps comme langage. Concept qui s’appuie sur les textes de Ludwig Wittgenstein, philosophe autrichien travaillant sur la philosophie du langage et la recherche de la vérité. Influencé par sa rencontre avec John Cage et Merce Cunningham, il répètera des fragments de gestes du quotidien ou des phrases simples, dans de nombreuses performances jouant ainsi sur le langage avec notamment des syllabes empruntées à son nom. Il jouera avec les lettres de l’alphabet à partir d’installations de néons.

    Dans les années 1970 et 1980, on verra Nauman utiliser la spirale de néon qu’il associera à des situations violentes et/ou sexuelles et provocantes. Il crée ensuite des carrousel.

    En 1990, il revient au corps violent et filme en gros plan la tête d’un acteur tournant comme un gyrophare tandis qu’il prononce des déclarations violentes : “Hit me ! Beat me !” etc.

    Lorsqu’il parle de son travail, il explique : « Fondamentalement, mon œuvre est issue de la colère que provoque en moi la condition humaine. Ce qui me met en fureur, c’est notre capacité de cruauté, la faculté qu’ont les gens d’ignorer les situations qui leur déplaisent. Ce qui me fascine aussi, c’est de voir comment la colère ordinaire, et même la haine que l’on peut ressentir pour quelqu’un, se transforme en haine culturelle. »

    Dessinateur, il a aussi réalisé une œuvre graphique dans laquelle on retrouve sa passion pour les fragments de corps, les signes et l’écriture.

    Ses expositions
    Il réalise sa première exposition à l’age de 25 ans et entend provoquer et choquer afin d’attirer l’attention et la réflexion sur son travail. En 1967 il entame sa pensée esthétique à travers les membres éparpillés de son corps, moulés dans de la cire et du plastique. Il inaugure une réflexion plastique et théorique de son propre corps qu’il découpe en morceaux, tête en bas ou coupée, membres disloqués.
    Il réalise ensuite sa première exposition collective ”Eccentric Abstraction” à la galerie Nicholas Wilder de Los Angeles.

    Dernières expositions
    > En 2010: Vice et Volupté. Les 7 péchés capitaux de Dürer à Nauman – Zentrum Paul Klee et Musée des Beaux-Arts de Berne.
    > En 2010: La collection oeuvres de Bruce Nauman – MAC Lyon.
    >En 2008: Drawings for Installations, Sperone West Water , New York (Etats-Unis).

  • Francis Alÿs

    Francis Alÿs

    Francis Alÿs, de son vrai nom Francis De Smedt, naît en 1959 à Anvers et grandit dans le pajottenland. De 1978 à 1983, il suit une formation d’architecte à l’Institut supérieur d’architecture Saint-Luc à Tournai, puis de 1983 à 1986 à l’IUAV, à Venise.

    En 1987, il est ingénieur au Mexique pour participer à un projet de secours du gouvernement belge pour la capitale Mexico détruite par un tremblement de terre. Il s’y établit.

    La base de ses activités trouve sa source dans ses promenades à travers la ville. Son œuvre, à la fois performances, vidéos, dessins, peintures et sculptures, se développe dans plusieurs villes, dont New York, Londres, Lima et Jérusalem.

    Il décrit le contexte dans lequel il travaille en tant qu’artiste de politique, au sens grec du terme, la polis : la ville comme un lieu de sentiments et de conflits. Avec des actions simples, ironiques et significatives, il étudie l’influence de l’art sur la vie dans la ville.

    Il prend part en 2008 au prestigieux concours européen The Vincent Award et y remporte le prix du public.

    En 2011, il est classé, par le magazine Newsweek, 7e dans leur classement des 10 artistes les plus importants au monde.

  • Les frères Chapuisat

    Les frères Chapuisat

    Nous avons tous deux reçu une éducation artistique à l’étranger pour un certain nombre d’années avant de se retrouver à Genève en 2001, où nos expériences contrastées nous ont amenés à développer un intérêt pour les études spatiales.

     

    Nos constructions transforment l’espace, transformant les frontières intérieures et extérieures à l’envers et à jouer avec la perception d’une réalité subjective. Ils exigent la participation active des visiteurs, de les mettre dans la position d’être un explorateur. Ces environnements se décomposent habitudes visuelles et intellectuelles, tester les explorateurs et les obligeant à faire confiance à leurs sens. Souvent comparé à des cocons ou des terriers, ces installations abritent pouvoirs frappantes. Ils provoquent des réactions émotionnelles ambiguës visiteurs, comme les rêves qui se mêlent curiosité, la surprise et l’inconfort.

     

     

    Site des artistes

  • Cyprien GAILLARD

    Cyprien GAILLARD

    Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien GAILLARD (né à Paris en 1980, vit et travaille à Berlin) interroge la trace de l’homme dans la nature et face au passage du temps. À travers ses sculptures, peintures, gravures, photographies, vidéos et performances, mais aussi d’importantes installations et interventions dans l’espace public, il s’est imposé comme une figure majeure de la scène artistique internationale émergente.

    Qu’il commande à un peintre paysagiste des vues champêtres de banlieues suisses, cadrant au sein de leur environnement naturel verdoyant des barres d’immeubles austères (Swiss Ruins, 2005), ou qu’il insère des tours modernistes dans des gravures paysagères hollandaises du XVIIème siècle, transformant ainsi les visions naturalistes de REMBRANDT et autres en terrains à bâtir (Believe in the Age of Disbelief, 2005), Cyprien représente l’architecture contemporaine comme une ruine moderne sur le point d’être envahie par la nature. En cela, il applique métaphoriquement le précepte de Denis DIDEROT selon lequel « Il faut ruiner un palais pour en faire un objet d’intérêt. », comme le peintre ruiniste Hubert ROBERT le fit avec le Louvre au XVIIIème siècle.

    Dans sa série The New Picturesque (depuis 2007), Cyprien GAILLARD questionne la représentation de la nature à travers la notion de “pittoresque”, littéralement “Ce qui mérite d’être peint” : à l’origine, au XVIIIème siècle, un paysage dur ou accidenté, avant de s’édulcorer pour ne plus désigner qu’un paysage à la joliesse un peu mièvre. Intervenant avec de la peinture blanche sur des peintures de paysage du XVIIIème ou XIXème siècle, ou avec des découpages de papier blanc sur des cartes postales de châteaux, ilen recouvre les éléments narratifs, révélant ainsi leur qualité pittoresque originelle.

    Cette série fait écho au geste minimal de celle des Real Remnants of Fictive Wars (2003-2008), performances de Land Art, documentées en vidéos et photographies, où l’artiste déclenche des extincteurs industriels dans des paysages soigneusement choisis, comme par exemple l’iconique Spiral Jetty de Robert SMITHSON, produisant un nuage aussi vaporeux que menaçant qui souligne la beauté des lieux tout en les vandalisant.

    Cyprien GAILLARD explore la notion d’entropie chère à SMITHSON, en la confrontant à des questions telles que le vandalisme, la décadence des utopies modernistes et la spectacularisation de la nature. Par exemple, la vidéo Pruitt Igoe Falls (2009) qui mêle en un fondu enchaîné la démolition nocturne d’une tour à Glasgow et l’illumination des chutes du Niagara. Ou bien la vidéo Crazy Horse (2008), consacrée à la sculpture monumentale, la plus grande au monde, du chef amérindien, en train d’être taillée au bulldozer et à l’explosif dans une montagne sacrée – une façon parfaitement entropique de célébrer le lien des Amérindiens avec la nature. Ou encore la série des Cairns (depuis 2007), photographies d’amas de gravois prises juste après la démolition d’immeubles dans le cadre de réhabilitations urbaines, qui reprennent les codes de la photographie de Düsseldorf – monumentalité, frontalité, absence de narration – tout en les poussant à leur stade ultime : au lieu d’un bâtiment moderniste arrogant, n’en subsiste plus qu’une pyramides de ruines.

    Sur le mode d’une “archéologie du futur”, Cyprien GAILLARD collecte ces occurrences d’entropie dans son impressionnante série de Geographical Analogies (2006-2009), boîtes rappelant les vitrines des musées d’histoire naturelle et contenant chacune neuf polaroids pris par l’artiste aux quatre coins du monde et assortis selon des analogies parfois évidentes pour le spectateur, parfois personnelles à l’artiste.

     

    Mais de la même façon qu’Hubert ROBERT, en représentant le Louvre en ruine, ne parlait pas tant d’architecture que de la place des hommes dans cette architecture et face aux ravages du temps, les immeubles en ruines et les paysages voués à disparaître de Cyprien GAILLARD ramènent romantiquement l’homme à sa propre et inéluctable destruction. L’obsolescence programmée des architectures est aussi celle de la jeunesse qui s’y débat, que l’artiste constate et célèbre dans le même temps.

    Ainsi, dans la vidéo The Lake Arches (2007), un jeune homme se casse le nez après avoir plongé dans un plan d’eau ceinturant une emblématique architecture postmoderne de logements sociaux de Ricardo BOFILL, comme des douves protégeant une forteresse impénétrable pour cette génération pourtant née en même temps qu’elle. Ou la vidéo Desniansky Raion (2007), qui alterne entre ordre et chaos, d’une bataille rangée entre deux bandes de hooligans dans une banlieue de Saint-Pétersbourg au survol d’une forêt de tours grises de la banlieue de Kiev, d’où finit par émerger un parfait ordonnancement circulaire évoquant le site mégalithique de Stonehenge, en Angleterre, en passant par le spectacle grandiose mêlant lumières, lasers et pyrotechnie sur la façade d’une barre HLM avant qu’elle ne s’effondre foudroyée. Ou bien encore Cities of Gold and Mirrors (2009), la dernière vidéo en date de Cyprien GAILLARD, qui met en parallèle déréliction de la jeunesse et ruine des civilisations précolombiennes à Cancún, au Mexique.

    lagrandealleeduchateaudeoiron2008

    Cependant, dans un mouvement d’éternel recommencement, ces destructions s’accompagnent de renaissances, et Cyprien GAILLARD a commencé à créer son propre “parc aux ruines”, constitué de monuments disséminés dans le monde : une monumentale sculpture en bronze d’un canard, ancien symbole d’un quartier moderniste de Paris hier à l’abandon, aujourd’hui en pleine réhabilitation, déplacée dans différents contextes, comme par exemple la terrasse de la Neue Nationalgalerie de Berlin (Le Canard de Beaugrenelle, 2008). L’allée principale du château de Oiron couverte de gravats recyclés issus de la démolition d’une tour d’Issy-les-Moulineaux, obligeant le visiteur à marcher sur les ruines de l’utopie moderniste pour accéder à un chef d’œuvre du patrimoine (La grande allée du château de Oiron, 2008). Un obélisque de 15 tonnes en béton recyclé après la démolition d’un immeuble de logements sociaux de Glasgow (Cenotaph to 12 Riverford Road, Pollokshaw, Glasgow, 2008). Ou récemment, à La Haye, l’excavation d’un bunker de la Seconde Guerre mondiale enfoui et oublié sous une dune de sable, faisant resurgir, comme l’imaginait Paul VIRILIO dans Bunker Archéologie, un monolithe brutaliste de béton en même temps que la mémoire oubliée de la ville (Dunepark, 2009).

    Site internet de l’artiste.

  • Guy Ben Ner

    Guy Ben Ner

    Depuis le début des années 1990, Ben Ner a filmé une série de courtes vidéos se mettant en vedette, lui et sa famille , en utilisant souvent les espaces intimes de leur maison comme un ensemble ad hoc, studio, et salle de jeux fantastique. Ses œuvres sont souvent exposées avec la simple décors et les accessoires créés pour les vidéos.

     

    Wild Boy (2004), une adaptation du film de 1970 L’Enfant sauvage de François Truffaut, peut être représenté sous deux formes : seul, ou incorporé dans une installation qui recrée, un bois que l’artiste construit dans sa cuisine, avec un arbre et une colline tapissée sur lequel les visiteurs peuvent s’asseoir pour regarder la vidéo. Dans Stealing Beauty (2007), la famille de l’artiste met en scène le théâtre de guérilla dans les showrooms Ikea. Déplacement entre les écrans, ils mènent un fac-similé raisonnable de la vie familiale ; vaisselle faite, discipline imposée, discussions tenues (la propriété privée est un sujet).


    In Foreign Names (2012), Ben Ner a visité près de 100 emplacements Aroma Espresso Bar, a laissé un faux nom en anglais qui serait appelé au comptoir lorsque sa boisson serait prêt, pour créer une ode” déplorant la disparition des serveurs.